C’est un moment que beaucoup d’hommes redoutent. Vous recevez un e-mail du laboratoire, vous ouvrez le PDF, et vous vous retrouvez face à une liste de chiffres, de pourcentages et de termes médicaux incompréhensibles.
Immédiatement, le stress monte. On a le réflexe de comparer ses chiffres aux valeurs de référence de la colonne de droite, et au moindre écart, c’est la panique : « Suis-je normal ? », « Est-ce que je suis stérile ? ».
En tant qu’urologue et andrologue, je reçois tous les jours des patients très angoissés par cette première lecture solitaire. L’objectif de cet article est de vous rassurer et de décrypter ensemble, point par point, ce que signifient réellement ces données.
1. Règle d’or : Ne confondez pas « Biologie » et « Fertilité »
Un « mauvais » spermogramme ne veut pas dire que vous êtes stérile. L’infertilité ne se définit pas par une prise de sang ou une analyse de sperme. C’est une définition clinique : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit l’infertilité comme l’absence de grossesse après 12 mois de rapports sexuels réguliers sans contraception.
Le spermogramme est une photographie à un instant T de votre capacité probable à concevoir.
- Des hommes avec des résultats très altérés deviennent pères naturellement.
- Des hommes avec des résultats « normaux » peuvent mettre du temps à concevoir.
Gardez donc à l’esprit que ce document est un indicateur de probabilité, pas un verdict définitif.
2. Les 4 paramètres clés à surveiller
Pour évaluer la qualité du sperme, je me concentre sur quatre critères principaux définis par l’OMS. Voici comment les lire simplement :
- Le Volume (La quantité) : La norme est supérieure à 1,5 ml. Si c’est moins : On parle d’hypospermie. Cela peut suggérer que l’éjaculat ne sort pas correctement ou qu’il y a un obstacle.
- La Concentration (Le nombre) : C’est la densité de spermatozoïdes. On attend au moins 15 millions de spermatozoïdes par millilitre. Si c’est moins : On utilise le terme Oligospermie.
- La Mobilité (La vitesse) : C’est le facteur le plus important pour la fécondation naturelle. Il ne suffit pas d’avoir des spermatozoïdes, il faut qu’ils « nagent » droit vers l’ovule. On regarde la « mobilité progressive », qui doit être supérieure à 32%. Si c’est moins : Les spermatozoïdes sont « fatigués », on parle d’Asthénospermie.
- La Morphologie (La forme) : C’est souvent le chiffre qui fait le plus peur. Les patients lisent « 96% de formes atypiques » et pensent que 96% de leurs spermatozoïdes sont malformés. Rassurez-vous : La nature est très sélective. Selon la classification stricte de Kruger, il suffit de 4% de formes normales pour que la fécondance soit considérée comme normale. Si c’est moins de 4% : On parle de Tératospermie.
ZOOM : Formes atypiques = Bébé malformé ? NON !
C’est l’angoisse la plus fréquente en consultation : « Docteur, j’ai beaucoup de spermatozoïdes anormaux, est-ce que mon enfant risque d’avoir une malformation ? »
La réponse est claire : NON.
Il ne faut pas confondre la forme du spermatozoïde (l’enveloppe) et son contenu génétique (l’ADN).
- Un spermatozoïde « atypique » (tête trop petite, deux queues, etc.) est simplement un spermatozoïde qui n’a pas la forme idéale pour voyager.
- En général, ces spermatozoïdes n’arrivent jamais jusqu’à l’ovule car ils sont éliminés par les filtres naturels du corps féminin (glaire cervicale, etc.). Ils ne fécondent donc pas.
- Si fécondation il y a, ce qui compte, c’est l’ADN transporté.
Une tératospermie sévère diminue vos chances de fécondation mais n’augmente pas le risque de malformation pour le futur bébé.
3. Traduction du jargon médical (Conclusion du labo)
À la fin de votre analyse, le biologiste écrit souvent une conclusion en un mot barbare. Voici la traduction :
- OATS (Oligo-Asthéno-Térato-Spermie) : C’est le « combo » le plus fréquent : moins de nombre, moins de mobilité, moins de formes typiques. C’est le motif n°1 de consultation en andrologie.
- Azoospermie : Aucun spermatozoïde n’est retrouvé. C’est un cas particulier qui nécessite une prise en charge rapide pour aller chercher les spermatozoïdes à la source.
- Nécrospermie : Les spermatozoïdes sont présents mais immobiles car non-vivants.
4. Que faire si les résultats sont anormaux ? Agir sur les causes
Si votre spermogramme présente des anomalies, la première étape est de ne pas paniquer, mais de passer à l’action. Avant même d’envisager un traitement médical, il faut évaluer votre mode de vie.
La spermatogenèse est un processus très sensible à l’environnement. Souvent, de simples ajustements du quotidien permettent d’améliorer la qualité du sperme en 3 mois (la durée d’un cycle de production).
L’hygiène de vie : votre premier traitement
- Le Tabac : L’ennemi n°1. Le tabagisme augmente le stress oxydatif, ce qui abîme l’ADN des spermatozoïdes et réduit leur mobilité. L’arrêt du tabac est donc indispensable en cas d’anomalie au spermogramme
- La Chaleur : Les testicules doivent rester à 34°C (2°C de moins que le corps). Évitez les saunas, les bains très chauds, ou l’ordinateur sur les genoux.
- L’Alimentation : Privilégiez une alimentation riche en antioxydants (fruits, légumes, noix) qui protègent les spermatozoïdes.
- Le Sport et le Sommeil : Une activité physique régulière et un sommeil réparateur favorisent une bonne production de testostérone.
- Les Toxiques : L’alcool en excès et le cannabis sont connus pour altérer la qualité spermatique.
La recherche de causes médicales : La Varicocèle
En parallèle de ces efforts, nous chercherons une cause médicale curable. En tête de liste : la Varicocèle. Il s’agit de la première cause d’infertilité masculine, d’où l’importance de consulter un Urologue spécialiste afin de la rechercher.
Conclusion : Un seul examen ne suffit jamais
Pour terminer, il y a une règle absolue en médecine de la reproduction : on ne pose jamais un diagnostic définitif sur un seul spermogramme.
Le sperme est une matière vivante et fluctuante. Sa qualité varie d’une semaine à l’autre en fonction de votre état général. Un épisode de fièvre, une période de stress intense au travail ou simplement une grande fatigue peuvent altérer transitoirement vos résultats.
Puisque le cycle de fabrication des spermatozoïdes dure environ 74 jours, il est indispensable de réaliser un deuxième spermogramme de contrôle à 3 mois d’intervalle pour confirmer ou infirmer une anomalie. Il n’est pas rare de voir un « mauvais » premier examen devenir « normal » au second contrôle.
Le conseil du spécialiste : Si vos résultats vous préoccupent, ne restez pas seul face à vos interrogations. En parallèle d’une amélioration de votre hygiène de vie, il est indispensable de faire relire vos analyses par un professionnel. Une consultation auprès d’un urologue est la seule façon de poser un diagnostic précis et d’adapter la prise en charge à votre situation.
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